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Histoire du gite, du Moyen Age à nos jours

Histoire des Avineaux, avant la Révolution Française

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LES NAVINAUX (extrait de l’ouvrage Vertou, souvenirs du passé, Chânoine A. Jarnoux)

Située sur un promontoire qui domine la rencontre des rivières Sèvre et Maine, la Terre Noble des NAVINAUX a une origine très ancienne. Léon Maître y découvre les vestiges d’un camp retranché de l’époque Gallo-romaine. Ne convenait-il pas de défendre l’accès du passage à ceux qui empruntaient cette voie fluviale pour gagner le Poitou et le Sud du pays.

Charles Marionneau opine à son tour sur la présence possible de villes Gallo romaines aux abords de la Bastière et de Launay. Il prétend en effet avoir recueilli de nombreux débris remontant à cette époque : briques à rebord, carreaux de dallage, poteries samiennes. Tout ceci indiquerait des constructions anciennes. Or, les Navinaux se trouvaient au centre de ces coteaux boisés, comme la proue d’un navire, pour les protéger. (1)

En 1456, un Briant de Quercy, Seigneur des Navinaux, signe un aveu au Roi pour l’héritage de ce domaine qu’il vient de faire à la mort de son père. (2)

Mais dès 1475, il vend ces terres à Messire François d’Elbiest, Seigneur de Thouaré et du Châtellier en Saint-Léger-les-Vignes. D’origine flamande, les d’Elbiest étaient des chevaliers à l’âme haute et fière.
(3)

Le grand’père de François avait failli, quelques années plus tôt, allumer une guerre entre la Bretagne et la France. C’était pendant le règne du Duc Pierre II, ce bon Prince qui vivait comme un moine et prenait soin plusieurs fois par semaine de flageller sa femme pour l’aider à faire pénitence. L’Evêque de Nantes régentait le Duché. La paroisse de Thouaré faisait partie de son bénéfice et dépendait de ses régaires. Mais non content de ses avantages, le Prélat voulut contraindre tous les vassaux d’Elbiest

(1) LEON MAITRE Geog; Hist Loire INF T 2 P 89
(2) Charles Marionneau COL ARCH VERTOU P 15 ARCH DEP de L.A. B 1877
NAVINAUX

ARMOIRIES des d’ELBIEST … d’argent à une bande de Gueules chargée de 3 coquilles d’or avec sceau 1398

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à lui rendre hommage. Le Seigneur de Thouaré, qui prétendait ne relever que du Roi, s’y refusa. Aussitôt l’Evêque le fit arrêter et charger de chaînes, il le fit conduire à la Prison de Nantes.

Son procès fut instruit et rondement mené, et l’infortuné seigneur se vit condamné à payer une amende de dix mille écus. Et, fait plus grave encore, lui et sa famille, par l’Official de Nantes, furent excommuniés.

Le Chevalier plus riche d’honneur que d’écus, confiant d’ailleurs dans ses droits, n’accepta pas le jugement et fit appel au Roi. De son côté l’Evêque résista au Souverain et fit défaut devant le Parlement. Il n’en fit pas moins condamné à verser deux mille livres d’amende au Roi et quatre mille livres au seigneur de Thouaré, l’arrêt ordonnait en outre
la saisie immédiate de son temporel. Dans le même temps, l’Archevêque de Tours annule  l’excommunication portée contre d’Elbiest. (1)

Les choses en étaient là, lorsque le Duc Pierre, furieux d’apprendre qu’un de ses sujets avait osé demander justice ailleurs qu’auprès de lui, entra directement en lutte contre le Roi. Une guerre allait donc entre eux se déclencher et les deux partis s’y préparaient. Mais le Roi céda. Il fit des excuses au Duc et le Pape lui-même pour arranger l’affaire fit casser le premier arrêt en accordant néanmoins trois mille écus de dédommagement à Jean d’Elbiest, qui rentra triomphalement dans sa demeure de Thouaré, acclamé par tous ses vassaux.

On parlait encore de ces événements récents quand son fils François acheta les Navinaux, en Vertou. Le domaine comprenait un manoir en mauvais état avec un jardin cerné de murs, de nombreux clos de vigne et plusieurs pressoirs, des prairies en bordure de la rivière. Il jouissait aussi de plusieurs droits d’usage dans la forêt ducale de Touffou : celui par exemple d’aller chercher les avettes (abeilles) aux arbres et bois de la dite forêt. “Le premier qui les trouve” doit mettre une motte de terre ou une autre marque et enseigne au pied de l’arbre où il les a trouvées”… “Droit aussi pour ses métayers et ses hommes de peine de recueillir”les cospeaux de bois” que le Duc fait abattre dans cette même forêt pour les réparations de son château de Nantes ou celui de Touffou.”

(1) Notes sur histoire de Thouaré … communiquées en 1946 par M Senot de la Londe

ARMOIRIES de SAINT AMADOUR écusson en abyme d’Azur chargé de 3 fleurs de Lys argent

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La mort de son père suivie de celles de ses deux frères obligea Marguerite d’Elbiest, vers 1509, à prendre la gérance de tous ces biens. Elle venait d’épouser Jean de Saint Amadour, Vicomte de Guignen dans l’Ille et Vilaine. Tous deux rendront aveu au Roi en 1511 des héritages qu’ils viennent de faire. (1)

En lisant la signature de ce parchemin, le Roi de France, Louis XII, dut se souvenir de son compagnon d’armes, de son ami très cher, Jean de Saint Amadour… Ils avaient quinze ans plus tôt guerroyé ensemble lors de la campagne d’Italie, menée par le Roi Charles VIII pour conquérir le Royaume de Naples. Charles avait épousé quatre ans plus tôt la bonne Duchesse Anne de Bretagne, héritière du Duché de ce nom et qui l’avait apporté ainsi à la Couronne de France. Jean de Saint Amadour était Breton et pour l’honneur de sa Dame, il se battit comme un preux. Tout jeune encore, il prit part à plus de quinze batailles et au soir de l’une d’elles en 1495, celle de Fornovo en Italie, il fut armé Chevalier, face à ses compagnons d’armes par le Roi Charles VIII lui-même. Ce fut un grand honneur pour ce vaillant soldat. (2)

En 1530, sa fille Gilette deviendra la femme de Louis Herbert, seigneur d’Orsenvilliers en Picardie et Baron de Courcy. Comme dot elle recevra les terres des Navinaux et celles du Châtellier en Saint Léger-les-Vignes. Son frère Claude héritera, quant à lui, à la mort de son Père en 1538, de la Motte Féodale de Thouaré. Jean de Saint Amadour sera inhumé sous un beau mausolée dans l’église de Guignen, sa paroisse natale. Sa veuve Marguerite d’Elbiest, deux ans plus tard, le suivra dans la tombe. (3)

Louis de Courcy eut trois enfants. En 1540 il devenait l’acquéreur du Domaine de la Frémoire, en Vertou. A sa mort c’est Isabeau, sa fille aînée, qui héritera de ce domaine. François gardera pour lui les terres de Saint Léger-les-Vignes, tandis que Jacques deviendra le propriétaire des Navinaux.

En 1561 Isabeau de Courcy fera un riche mariage en prenant pour époux Messire Hardy Pantin, seigneur de la Hamelinière en Champtoceaux et du Coin en Saint Fiacre. Dans sa corbeille de noces elle apportera à son mari le domaine de la Frémoire. En 1576 son frère Jacques leur cédera par contrat de vente la Terre Noble des Navinaux. Pendant plus d’un siècle les fils et petits fils

(1) ARCH DEP L.A. G 24 E 610
(2) TUL ARCH 1899 Chanoine de Corson … GUIGNEN

M le Recteur de Guignen nous a fait savoir que le tombeau renfermant les restes de cet intrépide chevalier n’existait plus dans son église. Au dessus de ce tombeau existait autrefois une curieuse épitaphe, gravée sur la lame d’une épée …

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d’Hardy Pantin feront fructifier ce domaine. (1)

Dans un aveu que fait Samuel Pantin en 1675 se trouve notifiée la description détaillée des Navinaux. Nous la transcrivons ici : Le Manoir vient d’être reconstruit. Ses murs sont en pierre, blanchis extérieurement à la chaux. Il comprend en bas un vaste cellier avec au-dessus trois chambres lambrissées, séparées par des cloisons de bois.
On y monte par un escalier qui prend naissance dans la cour… Sur le manteau de la cheminée se trouvent gravées dans la pierre les armoiries des Pantin… Près de la maison on rencontre un double pressoir, car le Clos des Navinaux est important. Il s’étage sur le coteau entre la maison et la rivière.

Mais Samuel Pantin ne tarde pas à céder cet héritage de ses ancêtres en même temps que la Seigneurie du Coin qui, sur l’autre bord de la Maine, lui fait face. En 1690 Noble Homme François Lucas, riche négociant de Nantes, en fait l’acquisition pour donner cette maison à sa fille Mabille qui vient d’épouser François Gallon.

En 1747 on procède à des aménagements et à des agrandissements de cette maison… Les Gallon sont nombreux… tous dans le commerce et la magistrature et c’est avec joie qu’ils se retrouvent en famille aux Navinaux. Dans les lettres qu’ils échangent entre eux, ils signalent les parties de pêche dans la rivière, les vendanges d’automne où ils
deviennent coupeurs de raisin quand ils ne sont pas fouleurs dans les murs du pressoir. Cette vie paysanne pour un temps limité est pour chacun d’eux une distraction salutaire.

Les années passent et elles apportent avec elles bien des changements de vie. C’est ainsi qu’en 1774 la  vieille terre des Navinaux connaîtra un nouveau maître dans la personne d’André Louis Charet, seigneur de la Galotière en Château-Thébaud. La révolution est proche et elle laissera des blessures profondes à son passage. Les pierres d’une partie des
bâtiments détruits au cours de ces journées tragiques, serviront à paver le chemin qui conduit aux Navinaux d’aujourd’hui…

(1) ARCH DEP L.A. B 1877 Navineaux

Demeures et propriétés vertaviennes : Les avineaux, Ginette Richard et Jean-Claude Brosseau

Appelée ainsi au cours du siècle dernier, cette châtellenie était connue depuis des temps immémoriaux, sous le toponyme des Navinaux. Situé aux confins de Vertou et de Château-Thébaud, l’endroit est difficile d’accès. Pour s’y rendre, il faut à Portillon prendre la route D 58 en direction de Château-Thébaud, la quitter à hauteur de la Bastière et emprunter à gauche celle qui va à la Blandinière. Celle-ci se termine en cul-de-sac, mis à part un petit chemin en pente qui rejoint la Sèvre toute proche. A l’entrée du village de la Blandinière bifurquer sur la droite, descendre le chemin goudronné, passer sur un pont étroit et remonter un léger raidillon, en face voici une grande bâtisse aux ouvertures blanches, c’est la ferme des Avineaux. Un porche récemment restauré donne accès à une grande cour entourée sur trois côtés de bâtiments : l’habitation des fermiers, les communs (étable, remises, hangar, cellier, etc) et légèrement à l’écart les murs en ruine de l’ancien logis des Maîtres.

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C’est en 1930 que les parents de Mme Pavageau prennent la succession de M. Jouys. Venant de Vendée, M. et Mme Brianceau ont d’abord été domestiques agricoles vers St-Léger-les-Vignes puis au Château du Coin à St-Fiacre, ensuite fermiers aux Avineaux jusqu’en 1959. A cette date, Mme Brianceau devenue veuve, sa fille et son gendre prennent la succession afin que le suivi de l’exploitation soit assuré. Au début le travail est effectué avec un cheval, puis vers 1970 l’arrivée d’un petit tracteur facilite le travail avec l’aide, pour les gros travaux, d’une coopérative agricole (chaumage, bottelage du foin, battage du blé, etc).

Les 18 hectares de terres et prairies sont exploités en culture traditionnelle pour l’alimentation des bêtes à cornes dont on fait l’élevage pour la vente et la reproduction ainsi que pour la production laitière. Cette dernière collectée par une coopérative de Rezé, la CO.LA.RE.NA. « Coopérative laitière régionale nantaise » assure un petit salaire mensuel, les fermiers vivant en partie des produits de leur ferme. Quant à la vigne, le mode d’exploitation est le métayage c’est-à-dire à moitié fruit. Le propriétaire participe aux frais d’entretien mais il a droit à la moitié du produit récolté qu’il vend à son profit, l’autre moitié revient à l’exploitant à condition d’assurer tout le travail d’entretien : culture et traitement. Le gros problème de l’exploitation sont les gelées tardives. Les terres ainsi que le logis et les bâtiments viticoles restent la propriété de Mme de Couesbouc ancienne propriétaire de la ferme. Après 35 ans de travail sur les terres des Avineaux, les fermiers ont pris leur retraite en devenant propriétaires de leur habitation.

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L’habitation des fermiers

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L’ancien logis des maitres

Malgré un petit pincement au coeur, surtout la première année, ils sont heureux aujourd’hui de voir les vignes et les prairies en de bonnes mains.

Mais revenons au passé. Cette terre des Navinaux était une seigneurie qui, dès le Moyen Age, avait le droit de haute, moyenne et basse justice, elle relevait par ailleurs du Domaine Ducal de Touffou et plus tard de la Châtellenie de Château-Thébaud (anciennement Montrelais). Si on se réfère à l’article de Michel Kervarec (cf. « Regards sur Vertou au Fil des Temps » – numéro 4), on apprend que cette terre est un cas très particulier, elle appartient aux Marches Avantagères de Bretagne, apparemment juridiction très complexe : les Ducs de Bretagne en sont les seigneurs suzerains mais les rentes féodales sont dues à part égale aussi aux Comtes du Poitou !

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Vers le 11ème siècle, nous trouvons un Pierre de St-Fiacre propriétaire de ladite terre. Il faut ensuite sauter trois siècles pour trouver la trace de la longue liste des nombreux possesseurs de cette terre. Ainsi, en 1448, le premier de ceux-ci, Pierre de Quersy ou Kersy suivant les orthographes ; il est sieur de la Juliennais en la paroisse de St-Etienne-de-Montluc et possède également, entre autres, la Haie Pallet à Mouzillon-Monnières. En 1455, lui succède un membre de sa famille : Briand de Quersy. En 1475, le domaine passe dans la famille d’Elbiest d’origine flamande. Le premier, Guillaume d’Elbiest surnommé Le Veneur est aussi seigneur de Thouaré. Dans la même lignée, en 1489, Jehan d’Elbiest en est l’heureux propriétaire. Sa fille, Marguerite d’Elbiest, épouse de Jean de St-Amadour, en hérite en 1511. Nouvel héritage, en 1530, le domaine appartient désormais à leur fille Gillette de St-Amadour mariée à Louis Herbert Baron de Courcy. En 1578, leur fils, Jacques Herbert vend les Navinaux à Hardy Pantin seigneur du Coing en St-Fiacre et Gras-Mouton en Château-Thébaud. Seigneur de plusieurs autres juridictions, Chevalier de l’Ordre du Roi, il est aussi capitaine du Château de Touffou ; sa cousine, Isabeau du Coing devient son épouse en 1561. Elle est la fille du seigneur de la Frémoire. Les Pantin sont aussi seigneurs de la Hamelinière, Landemont et autres lieux ainsi que du Plessis-Guerry sur la paroisse du Pallet. Parmi cette famille illustre, quelques individualités se sont fait un prénom, ainsi : Louis Pantin, fils de Hardy Pantin. Il est enseigne des gendarmes du duc de Mercoeur (chef de la Ligue pendant les guerres de religion qui ont ravagé notre région). Claude Pantin, fils de Louis, Capitaine de Chevaux-Légers qui, lui, a choisi le protestantisme.

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Les Avineaux vers 1895

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Comment se présentent les Navinaux au 17ème siècle ? D’après le Chanoine Jarnoux, dans un article consacré à cette propriété, il est fait état d’un aveu de Samuel Pantin en date de 1675 : »Le manoir vient d’être reconstruit. Ses murs sont en pierre, blanchis extérieurement à la chaux. « 

Un an après, en 1680, Samuel Pantin, châtelain du Coing, la Frémoire, les Navinaux, Baron de Landemont et Marquis de la Hamelinière vend le bien à Macé Lucas Sieur de la Belaudière, négociant à Nantes dans la paroisse de St-Saturnin. En 1701, sa fille Isabelle Lucas épouse de Marc Gallon, en devient propriétaire par héritage. Ses enfants, Guillaume, Pierre et Antoine Gallon, marchands demeurant à Nantes, toujours dans la même paroisse St-Saturnin, en héritent à leur tour mais décident de vendre.

C’est le 21 août 1750 que Messire Thomas Biré Chevalier Seigneur de Jasson et Malnoë et son épouse Dame Xainte Marie Biré de la Sénégerie rachètent le domaine. En 1758, le 30 janvier, devant Maître Denis Mongin notaire royal à Nantes, le Coing et les Navineaux sont vendus pour la somme de 86000 livres à Maître Antoine Marie Paul Ralet conseiller du Roy, Maître ordinaire en la Chambre des comptes de Bretagne et son épouse Dame Louise Perrine Coquelin, domiciliés paroisse St-Jean-St-Pierre à Nantes. L’ancien propriétaire Messire Thomas Biré étant à Paris s’est fait représenter par Messire Philippe Biré en qualité de Procureur spécial. En 1771, les Navinaux sont la propriété de la famille Charet. Joseph originaire du Val d’Aoste fut naturalisé vers 1683, son fils Nicolas achète la seigneurie de la Frémoire en Vertou. Il fut anobli par échevinage en 1747. En 1782, un nouveau propriétaire, jean Proust Sieur de la Bastière. Il est marchand à Nantes, paroisse Ste-Croix.

Au moment de la révolution, la maison noble a été détruite, il n’en reste que quelques pans de murs. A ce sujet voici ce qu’en dit le Chanoine Jarnoux : La révolution est proche et elle laissera des blessures profondes de son passage, les pierres d ‘une partie des bâtiments détruits aux cours des journées tragiques serviront à paver le chemin qui conduit aux Navinaux d’aujourd’hui… « 

Difficile de savoir ce que deviennent les Navinaux, pourtant en 1804 (An 12) les terres du Coing et des Navinaux sont à vendre. Il semblerait qu’à cette époque la terre et domaine du Coing et des Navinaux soient la propriété du baron Gabriel Noury intendant militaire qui les revendra à Augustin Xavier Bacqua. D’autre part, vers la même époque, la maison noble et les dépendances ont été séparées pour devenir deux métairies. Ainsi, Augustin-Xavier Bacqua, éminent docteur en médecine aurait acheté à la fois les Navinaux vers 1853, mais aussi la propriété du Coing en St-Fiacre.

Suivant le tableau ci-contre, nous voyons la transmission d’héritages jusqu’à la famille de Couesbouc, qui envisage d’y faire un gîte rural pour redonner un certain éclat à l’ancien logis. »

Article tiré de la revue Regards sur Vertou, N°5

Vertou au fil des siècles, Toponymie vertavienne et Moyen-Age, Michel Kervarec

Pour terminer ce périple à travers Vertou, au sud de la Sèvre et de la Maine, nous allons revenir au village de la Bastière pour emprunter la voie des coteaux qui nous mène au village de la Blandinière pour aller mourir dans les prairies au confluent des deux rivières. Le village est bâti en un secteur très vallonné. On y remarque les lieux-dits la Barre et le Clois. Une famille Blandin a laissé son nom au hameau. Au coeur de celui-ci, un chemin étroit et en forte pente nous mène vers un ruisseau qu’il franchit par un ponceau. En haut de l’autre versant, se trouve le village des Avineaux construit en un site remarquable par son relief accusé et son isolement. Il s’agit d’un éperon formé par le vallon que nous venons de voir et la vallée aux pentes abruptes de la Maine. L’éperon était gardé, au Moyen Âge, par le château seigneurial des Navinaux, en lieu et place du hameau aux allures de manoir-ferme à cour fermée ou semi fermée que nous voyons aujourd’hui.

Le nom les Avineaux est un avatar moderne de les Navinaux, appellation provenant d’un ancien passage d’eau sur la Maine et signifiant « les petits bateaux » ou « navicules ». C’est aussi à ce passage que la terre de la Felleterie (la Felletrye en 1601) doit son nom. La felete était une sorte de barque. Le seigneur des Navinaux avait entre autres, « le droict de pescherie et passaige aux batteaulx « . Cette seigneurie, au Moyen Âge, appartenait aux marches avantagères à la Bretagne, ce qui est rappelé par la vigne de la Marche et le lieu-dit le Chemarche, le Chef de Marche, la limite, appellations notées dans des pièces anciennes. On ignore tout ou presque de la formation des marches, comme on ignore dans quelles conditions et quand cette seigneurie, comme d’autres, fut rattachée au comté de Nantes. Le plus ancien seigneur connu est Artur de l’Ebrest, époux de Françoise Leveneur, à qui succède Jehan de l’Ebrest, mentionné en 1492. Dans la second moité du 16ème siècle, on note Gilles de Saint-Amatour puis Jacques de Soubilliers, baron de Courcy (1576). Les aveux du 15ème siècle indiquent qu’il y a droit de basse, moyenne et haute justice attachée à ce fief, « garenne et reffuge a connilz « , etc.

Alentours du gite les Avineaux, 44

La Maine, Ancien passage d’eau des Avineaux

Gite les Avineaux, Vertou, 44

Aux avineaux

La toponymie du cadastre est limitée. On retient les Mils, qui désigne le haut de l’éperon, et les Feux, à toucher les bâtiments. Dans ce dernier cas, les aveux du 15ème siècle nous restituent les Fuies. Le nom les Mils n’y est malheureusement pas cité. On note qu’à l’époque, la maison des Navinaux était désignée par le mot hostel. La terre faisant face au porche de la cour est cadastrée l’Ouche de la Porte, ce qui correspond à la Vigne Hors la Porte du 15ème siècle et ce qui montre que le fonds actuel du bâtiment a ses origines à la fin du Moyen Âge.

Dans les actes anciens, apparaît le lieut-dit le Dreuil, le Droil ou encore le Drueil, d’un mot ayant le sens de chêne et rencontré dans le Drouillet. Je n’ai pu localiser précisément le lieu ainsi désigné. On accédait au passage d’eau par un chemin en forte pente, peut-être le Pas de la Rotte de certains actes. Le lieu d’embarquement était dit le Port-Chardonnay ou encore le Port de Goule de Maine (le confluent est à 300 mètres en aval). Sur l’autre rive, la navigation aboutissait aux abords du château seigneurial du Coin, en Saint-Fiacre.

A proximité immédiate des Avineaux, se trouve la demeure dite la Maison-Blanche, autrefois la Chenarderye, d’un nom de famille. Entre celle-ci et le hameau de l’Angebert était une terre dite les Blanteries (à la fin du Moyen Âge les Belutryes), peut être du verbe bluter et en rapport avec l’existence d’un moulin. Entre les Avineaux et la Maison-Blanche, se situe le Rocher ou le Petit-Rocher. Une fois de plus, on peut supposer la trace d’un mégalithe. Marionneau a signalé l’existence de ce qu’il appelle un « tombeau celtique « , selon les critères de son époque, au village voisin de la Blandinière. Cet ensemble, selon sa description, se présentait comme une enceinte de huit pierres dont cinq étaient juxtaposées. La terre se nommait la Masure ou les Petites-Lesches. On remarque la correspondance entre des mégalithes et le lieu-dit la Masure mais, dans ce secteur, la présence de ruines gallo-romaines dans le sol est également attestée. Le sens du mot lesche, dans ce contexte, pose problème. On fera un rapprochement avec laische qui a désigné une lame d’épée (cf. les Brettes).

Ici se termine notre randonnée à travers Vertou, mais est-ce bien une fin ?

Article tiré de la revue Regards sur Vertou, N°5